Quelle liberté nous apporte l’«Opération Libero»?

L’«Opération Libero» suisse ne se considère pas comme un parti, mais comme un «mouvement politique». Il a été fondé en octobre 2014 et s’est fait connaître surtout pour ses tentatives d’influencer des votations populaires. Actuellement, elle intervient également dans la campagne électorale pour les sièges au Parlement fédéral.

km. Le dernier week-end de juillet, de nombreux journaux suisses ont donné à la coprésidente de l’«Opération Libero» Flavia Kleiner toute latitude pour la publication d’une longue interview. La majeure partie de cet entretien consiste en une polémique rhétorique contre le parti UDC et en particulier contre son ancien président et ancien conseiller fédéral Christoph Blocher. Le lecteur y apprend peu de choses sur des points spécifiques du programme de ce nouveau mouvement. Que signifie, par exemple, «pour une Suisse progressiste, tournée vers l’avenir et ouverte»?
Néanmoins, l’objectif principal de l’«Opération Libero» apparait clairement: «une nouvelle majorité au Parlement» pour «aller de l’avant […] notamment en coopération avec l’Europe». L’«Europe», c’est le régime linguistique de l’UE. Elle aime se nommer ainsi pour tromper son monde. Et l’on ne se trompe probablement guère, en considérant l’«Opération Libero» comme un «mouvement» de soutien à l’accord-cadre négocié par le Conseil fédéral avec l’UE et, à moyen terme, également à l’adhésion de la Suisse à l’UE – avec toutes les conséquences négatives pour l’indépendance du pays et la démocratie directe.
Les considérations stratégiques formulées par Mme Kleiner dans cet entretien sont intéressantes. Elle compare son «mouvement» à un «cygne noir», un phénomène complètement inattendu, mais fascinant, qui attire l’attention de tout le monde. Pas du tout fascinant est une autre comparaison, qui suit l’affirmation que l’on voit l’opportunité de «changer la situation de la majorité aux élections de 2019»: «C’est comme avec les Navy Seals: ils arrivent par l’air, remplissent leur mission et redisparaissent». Les «Navy Seals» sont une unité spéciale de la marine américaine, responsable, entre autre, d’assassinats ciblés au-delà du droit et de la loi.
A la demande concernant le financement du «mouvement», Mme Kleiner nie tout soutien provenant de milieux influents. D’autres voient cela différemment. Dans un article du portail Inside Paradeplatz du 28 novembre 2018, Isabel Villalon écrit: «Notre collègue Heinz Karrer d’économiesuisse semble être responsable dans le domaine du financement. Le parti PLR est impliqué en arrière-plan. C’est de la magouille à grande échelle.»
Isabel Villalon voit également des parallèles avec les développements dans deux autres pays européens: «En France, ce format a été créé pour la première fois avec succès. La ‹démocratie en marche› a conquis la présidence également en sortant du néant: de nombreuses belles et jeunes personnes et une grand-maman (Brigitte). A l’heure actuelle, nous assistons à la fin d’une création de marketing politique, prometteuse mais vide de contenu et à une politique favorable à la globalisation, soumise à l’UE, plongeant le pays dans un chaos profond. En Espagne, le format de commercialisation a par la suite été affiné. Le ‹C› (espagnol pour Ciudadanos = citoyen) est apparu, pour être actuellement considéré comme le troisième plus grand parti du pays. C’est du déjà-vu! Dans ce cas précis sous la couleur orange. Un intelligent et beau garçon comme chef de parti, quelques jeunes femmes intelligentes, rappelant des mannequins de haut niveau, comme membres de la direction du parti: le même format, la même communication, les mêmes contenus, le même comportement que dans notre pays. Donc, des ‹liberos› version espagnole.»
Villalon a également répondu, avec prévoyance, à la question du financement: «L’affirmation d’être financé uniquement par un grand nombre de petits dons est la même qu’en Espagne et en France. Cependant, ce n’était pas la vérité. En Espagne, ce sont les grandes banques et l’Union des organisations patronales qui ont lancé le ‹mouvement› avec des sommes à dix chiffres. En France, ce sont également les grandes banques, qui ont investi de grosses sommes d’argent. Tant en Espagne qu’en France, une banque a servi de bassin de collecte pour les ‹dons› des autres banques (en Espagne Banco Sabadell, en France la Banque Edmond de Rothschild).»
Une telle chose ne cadre pas vraiment bien avec la Confédération suisse et son principe de la bonne foi.     •