Terminons-en avec le «schbas»!

Appel contre les entraves à l’apprentissage dans nos écoles

ds. Le 29 octobre 2018, la «Neue Zürcher Zeitung» nous informe – sous le titre de «Le ‹schbas› est terminé à Nidwald» – qu’en Suisse centrale, les autorités scolaires du canton de Nidwald ont cédé aux exigences des parents «énervés» et qu’ils permettent désormais aux élèves d’apprendre à écrire correctement dès la deuxième année. Jusqu’à présent, les enseignants n’étaient autorisés à apprendre aux enfants comment écrire les mots correctement qu’à partir de la troisième année d’école primaire.
L’inventeur de cette méthode absurde, selon laquelle les enfants ne doivent apprendre à écrire qu’à l’oreille pendant les premières années scolaires, est un instituteur bâlois, adepte de l’éducation nouvelle, du nom de Jürgen Reichen. Elle s’est répandue dans le monde germanophone sous des noms tels que «Lesen durch Schreiben» [apprendre à lire par l’écriture] ou «Schreiben nach Gehör» [écrire à l’oreille]. Ni les enseignants ni les parents ne sont autorisés à guider les enfants vers l’orthographe correcte. Cela perturbe la créativité et la joie d’écrire. Au cours des premières années scolaires, «fil» au lieu de «viel» [beaucoup], «schbas» au lieu de «Spass» [rigolade/amusement] ou «anxt» au lieu de «Angst» [peur] n’est donc pas faux, mais créatif et original. C’est vraiment une idée folle d’affirmer que les enfants deviennent plus créatifs et ont davantage de plaisir à écrire quand ils peuvent le faire de manière erronée.
«Une étude publiée cet automne par des scientifiques de l’Université de Bonn présente une évaluation très critique de l’héritage de Reichen [décédé en 2009]. Les chercheurs sont parvenus à la conclusion que les élèves étaient nettement meilleurs en orthographe à la fin de la troisième année après avoir suivi la méthode classique de l’abécédaire. Là, les enfants ont une image d’un oiseau avec le mot oiseau à côté. Ainsi, ils mémorisent dès le départ l’orthographe correcte», écrit la «Neue Zürcher Zeitung» dans l’article précité.
Il y a 5 ans déjà, le magazine allemand Der Spiegel avait attiré l’attention sur le «désastre orthographique» causé par Jürgen Reichen en Allemagne dans l’éditorial de son numéro 25/2013 intitulé «Die neue Schlechtschreibung» [La nouvelle fausse orthographe]. Déjà à l’époque, des experts renommés réclamaient l’interdiction de cette méthode. Entre-temps, plusieurs länder ont interdit d’enseigner selon la méthode de Reichen.
Que se passerait-il si le canton de Nidwald et, bien sûr, tous les autres cantons suisses se passaient entièrement de «schbas»? Après tout, on ne laisse pas les enfants de première année croire que 2+2 font 5, pour ensuite corriger cela en deuxième année.
Mais il faut peut-être encore davantage de parents «énervés» qui s’opposent aux entraves à l’apprentissage dans nos écoles.    •
(Traduction Horizons et débats)