Déclaration de Belgrade: Ne jamais oublier 1999–2019 (Extraits)

De gauche à droite: Miladin Sevarlic, président de l’association des hôtes serbes, Maria do Socorro Gomes Coelho, présidente du «Conseil mondial de la Paix» (Brésil), Zivadin Jovanovic, président du «Belgrade Forum for the World of Equals», Milomir Miladinovic, président de l’Association des généraux et amiraux de la Serbie, Elena Guskova, membre de l’Académie serbes des sciences et des arts. (photo vk)

Les participants ont condamné l’agression de l’OTAN à l’unanimité, affirmant qu’il s’agissait essentiellement d’une guerre illégale, envahissante et criminelle contre un pays européen souverain et pacifique, menée sans le mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies et en violation flagrante de la Charte des Nations Unies, du document final de l’OSCE Helsinki (1975) et des principes fondamentaux du droit international. […]
Il ne s’agissait ni d’une «petite guerre» ni d’une «intervention humanitaire», mais plutôt d’une guerre d’objectifs géopolitiques sous-jacents pour le déploiement à long terme des troupes américaines dans les Balkans, pour l’établissement de précédents pour de futures agressions et pour la chute de gouvernements légitimes, le tout dans le cadre de la stratégie d’expansion vers l’Est et de l’objectif global de la domination mondiale. L’histoire retiendra qu’en 1999, l’Europe s’est battue à l’interne aveuglément pour des intérêts géopolitiques étrangers.
Aujourd’hui, les Balkans sont plus instables. L’Europe est encore plus divisée. Pour que cette dernière puisse faire marche arrière, il faut un examen de conscience, du courage et une vision, ainsi que l’aveu que l’attaque contre la Serbie (la RFY) en 1999 fut une erreur historique colossale.
Les commanditaires et les exécuteurs de l’agression devraient être tenus responsables de leurs crimes. L’agression a tué quelque 4000 personnes (dont 79 enfants), tandis que 6500 autres ont été grièvement blessées. Les dommages matériels directs se sont élevés à 100 milliards de dollars. Il a été souligné que l’OTAN et ses membres participant à l’agression avaient le devoir d’indemniser les dommages de guerre causés à la Serbie.
Les participants à la Conférence ont été informés des résultats des analyses scientifiques et des analyses d’experts effectuées jusqu’à présent, qui ont toutes confirmé que l’utilisation de munitions remplies d’uranium appauvri, de graphite, de bombes à fragmentation et d’autres moyens de guerre inflammables et toxiques a entraîné des niveaux élevés de pollution environnementale à long terme et mis fortement en danger les citoyens serbes. Ils ont salué la création d’organes spéciaux de l’Assemblée nationale et du Gouvernement serbe chargés de déterminer les conséquences de l’agression de l’OTAN sur la santé de la population et la sécurité de l’environnement, et ont exprimé leur soutien aux travaux de ces organes. […]
L’agression de l’OTAN contre la Serbie (RFY) était une attaque directe et simultanée contre le système de paix et de sécurité en Europe et dans le monde, qui s’est construite sur le résultat de la Seconde Guerre mondiale. Comme l’ont démontré de manière concluante les interventions ultérieures des Etats-Unis et de leurs alliés (Afghanistan, Irak, Libye, Mali, Syrie, etc.), cette agression a servi de précédent et de modèle pour mondialiser l’interventionnisme, un manuel sur comment utiliser le terrorisme et le séparatisme pour réaliser les plans de conquête des puissances occidentales, afin de faire tomber par la force des régimes «inadaptés» et imposer des intérêts géopolitiques occidentaux, notamment ceux des Etats-Unis. […]
Les participants à la Conférence ont exprimé leur ferme soutien et leur solidarité aux efforts que la Serbie déploie pour remédier aux conséquences graves et durables de l’agression et aux efforts qu’elle déploie pour empêcher la poursuite de cette agression par d’autres moyens. Ils ont explicitement soutenu les efforts déployés par la Serbie pour préserver sa souveraineté, son intégrité territoriale et sa contribution au règlement du statut futur du Kosovo-Metohija, qui sera conforme au droit international et à la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils ont dénoncé la politique de coercition, les pressions et les mesures unilatérales. […]
Les participants ont condamné toutes les méthodes d’abus des institutions internationales telles que: les Nations Unies, l’OSCE, l’UNESCO, l’OMC et d’autres, exigeant leur amélioration et leur renforcement, et non leur affaiblissement et leur contournement.
La politique de domination fondée sur la puissance militaire, typique de l’ordre mondial unipolaire, a été rejetée comme inacceptable parce qu’elle était fondée sur les privilèges et l’excellence autoproclamée et non sur l’égalité de tous les pays et nations. La multipolarisation exclut la domination et ouvre la voie à la démocratisation des affaires internationales. La Conférence a lancé un appel à toutes les forces pacifiques du monde pour qu’elles unissent leurs forces dans la lutte pour le respect du droit international fondé sur la Charte des Nations Unies, pour le renforcement du rôle des Nations Unies et des autres organisations internationales universelles.
Les participants à la Conférence ont demandé à l’unanimité de mettre fin d’urgence à une nouvelle course aux armements et à la violation des accords internationaux pertinents. Ils ont également demandé de réorienter les fonds des budgets militaires vers les domaines du développement économique, d’améliorer la qualité de vie des populations et d’éliminer les divergences sociales et développementales. […] Ils ont exigé le plein respect des accords existants et la reprise des négociations sur l’arrêt de la course aux armements, notamment nucléaires. Ils exigent le retrait complet de l’Europe des armes nucléaires tactiques et des moyens de défense antimissile américains compromettant encore davantage la sécurité sur le continent européen.
[…] La paix, la démocratie et le progrès exigent des changements radicaux dans les relations mondiales, le respect de l’égalité souveraine, la non-ingérence et le multiculturalisme. La stabilité, la paix et le progrès inclusif exigent le respect des intérêts communs, le partenariat et l’exclusion de tout égoïsme, protectionnisme et privilège. La politique de confrontation, d’interventionnisme et d’ingérence dans les affaires intérieures, déclenchée par le complexe militaro-industriel et le grand capital financier, doit céder la place au dialogue, au partenariat, au respect des normes fondamentales du droit international et de l’ordre international fondés sur les intérêts communs et le respect mutuel.
Les participants à la Conférence se sont engagés à trouver une solution politique pacifique à tous les problèmes internationaux, dans le respect des principes du droit international, de la Charte des Nations Unies et des décisions du Conseil de sécurité.
Belgrade, 23 mars 2019

Source: www.beoforum.rs/en/nato-agression-belgrade-forum-for-the-world-of-equals/621-never-to-forget-1999-2019-belgrade-declaration.html 

(Traduction Horizons et débats)