Courrier des lecteurs

Les expériences d’une mère

J’ai lu avec grand intérêt l’article «Terminons-en avec le ‹schbas›!» [Horizons et débats no 2 du 21/1/19] concernant la méthode orthographique «Lesen durch Schreiben» [«apprendre à lire par l’écriture»] de Jürgen Reichen. Nous sommes des parents concernés de quatre enfants – aujourd’hui adultes – de Thuringe. Tandis que notre fille, scolarisée en 1995, reçut encore l’enseignement selon le système de la RDA (repris par la Finlande), dans lequel les enfants de cette classe d’âge ont évolué au mieux, la même école primaire a introduit deux ans plus tard, lors de la scolarisation de notre fils, le système «apprendre à lire par l’écriture». Pour cela elle obtint des subventions de l’UE.
Le résultat de ce changement fut un enfant quittant la 4e classe de l’école primaire totalement déstabilisé, ne sachant lire et écrire qu’avec grande peine. Plusieurs des élèves de cette classe continuèrent leur scolarité dans une école secondaire intégrée. Au début de l’année (5e classe), la prof d’allemand fit une dictée pour avoir une vue d’ensemble des connaissances de ses élèves. Le résultat fut décevant, car tous les élèves ayant appris selon la méthode Reichen avaient plus de 20 fautes. En outre, comme leur capacité à comprendre les explications écrites des exercices à résoudre était insuffisante, ces enfants eurent également des problèmes dans les autres matières.
Pour ne pas perturber la créativité des élèves, on ne leur donna au cours des deux premières années aucune règle, aucun système de rangement, aucuns devoirs ou exercices à faire à la maison.
Nous avons investi environ 1000 euros dans des cours de rattrapage pour l’apprentissage de tout ce qui avait été négligé 4 années durant. Que se passe-t-il avec les enfants dont les parents n’en ont pas les moyens financiers?
Grâce à l‘engagement de la prof d’allemand dans l’école secondaire et grâce aux cours de rattrapage, notre fils fut capable d’écrire et de lire relativement aisément à la fin de la 6e classe. L’énergie qu’il a dû y consacrée aurait pu être utilisée autrement.
Dès la 1re classe, certains parents contestèrent ce système auprès du directeur et de l’enseignante principale. Mais toutes objections et discussions furent rejetées. Les autorités scolaires ne voulurent pas non plus prendre en compte nos objections.
Le troisième enfant a appris également avec cette méthode, et nous avons dû à nouveau  beaucoup investir dans des cours de rattrapage.
Malgré la résistance des autorités scolaires, nous plaçâmes notre 4e enfant dans une autre école primaire qui enseignait encore avec la méthode classique de l’abécédaire. Comme sa sœur, il n’eut aucune difficulté  à apprendre à lire et à écrire.
Après la chute du mur, nous fûmes effarés de voir les directeurs scolaires et les enseignants se précipiter sur les nouvelles méthodes prévalant dans les Länder de l’Ouest. Elles furent reprises sans le moindre esprit critique et les principes de l’apprentissage ayant fait ses preuves furent abandonnés. On apprit que les enseignants critiques furent tous muselés.
Nous désirons encourager tous les parents à s’opposer de toutes leurs forces à la méthode Reichen «apprendre à lire par l’écriture». Car elle suggère aux enfants de disposer de capacités, notamment de savoir rédiger des textes trois mois à peine après le début de leur scolarisation, maitrise qu’ils ne possèdent pas en réalité. Aucune des promesses grandiloquentes concernant les avantages de cette méthode d’apprentissage ne s’est réalisée.

Katrin Kirchner, Erfurt (D)