«L’avenir est aux pays libres qui coopèrent»

Entretien avec François Asselineau, Président du parti français UPR

François Asselineau préside l’«Union populaire républicaine» (UPR), un parti qui milite pour la sortie de l’UE et de l’OTAN. Il analyse ici les causes du vote britannique et les crises auxquelles est désormais confrontée l’Union européenne.

Ruptures: Les dirigeants européens s’effraient eux-mêmes de l’ampleur des crises qui secouent l’Union européenne. Comment réagissez-vous?

François Asselineau: La situation actuelle illustre les analyses que nous n’avons cessé de proposer depuis dix ans. Le choc – salutaire – du référendum britannique constitue à cet égard une étape décisive dans la mise en cause de l’intégration européenne.

Le Brexit représente donc un tournant …

Tout d’abord, il fait s’effondrer un dogme cultivé depuis la naissance de l’UE: les Anglais ont montré que le processus d’intégration n’a rien d’irréversible: on peut en sortir! La deuxième leçon est que l’Apocalypse annoncée avec aplomb par l’unanimité des «élites mondialisées» ne s’est pas produite. Ainsi, la directrice générale du FMI avait martelé que l’effondrement de l’économie britannique serait immédiat. Non seulement cela n’a pas été le cas, mais plusieurs indices marquent même un rebond (consommation, exportations …). Les prophètes de malheur ont été spectaculairement démentis.

Les mêmes mettaient en garde contre un dangereux isolement auquel ne manquerait pas d’être confrontée l’Angleterre …

Le Royaume-Uni n’est pas menacé d’isolement, au contraire: plusieurs pays ont manifesté leur volonté de négocier avec Londres de nouveaux accords commerciaux, comme l’Inde, la Corée du Sud, le Mexique … Au point que la Commission a tapé du poing sur la table: tant que la Grande-Bretagne n’est pas sortie de l’UE, elle n’a pas le droit d’engager ce type de négociations, dont Bruxelles a l’exclusivité. Bref, le Royaume-Uni va redevenir un pays «normal» libre de négocier en son nom propre …

A votre avis, qu’est-ce qui a rendu possible le verdict des électeurs outre-Manche?

D’abord, le paysage médiatique a peu à voir avec ce que l’on connaît en France, par exemple, où la quasi-unanimité de la «grande presse» est pro-UE de manière pavlovienne. Par ailleurs, il y a une longue tradition insulaire d’attachement à l’indépendance nationale. Enfin, ce sont dans les villes ouvrières et les banlieues populaires que le Brexit a connu ses plus grands succès. Le vote ne peut être caractérisé comme un vote «de droite» ou d’«extrême-droite», mais plutôt comme une prise de conscience des dégâts de l’intégration européenne: carnages dans les secteurs industriel, agricole, de la pêche … Pour contrer la thèse d’un vote «raciste», je conseille de visionner le film Brexit, The Movie, que l’UPR a entièrement traduit, et qui est visible sur la Toile.

Autre crise qui inquiète Bruxelles: les réfugiés …

Ceux qui fuient vers l’Europe viennent avant tout de pays que l’Occident a sciemment déstabilisés: Syrie, Irak, Libye, Afghanistan... Par ailleurs, des forces ont discrètement intérêt à ce que des centaines de milliers de réfugiés arrivent en Europe: du patronat, notamment allemand, qui y voit une manière de peser sur le prix du travail en instrumentalisant ces malheureux, à la fondation du milliardaire George Soros, qui entend promouvoir le multiculturalisme en Europe – quitte à provoquer en retour des réactions racistes, instrumentalisées ici et là.

Et la crise de l’euro, est-elle derrière nous?

L’euro est condamné à s’effondre, pour une raison avant tout politique: une monnaie, c’est un peuple, avec une solidarité naturelle en son sein. Toutes les constructions monétaires supranationales se sont fracassées sur l’ignorance de cette donnée fondamentale, qui a évidemment une dimension économique: dès lors que plusieurs entités qui utilisent ladite monnaie connaissent des évolutions divergentes – coût des facteurs de production, inflation, chômage, dette … – il n’y a que deux solutions: ou des transferts financiers massifs, ou la réappropriation par certaines d’entre elles de la liberté de déprécier sa monnaie.

La première hypothèse pourrait convenir aux pays du sud …

Ce qui est parfaitement naturel et accepté entre l’Ile de France et le Limousin ne l’est pas du tout entre l’Allemagne et la Grèce, par exemple. Il faudra donc bien en revenir à la liberté monétaire permettant à chaque pays d’avoir une devise en phase avec sa propre économie. Aujourd’hui, l’euro est notoirement sous-évalué pour l’Allemagne – qui bat régulièrement des records mondiaux d’exportations – et surévalué pour la France, dont les exportations sont handicapées.

L’UPR ne se prononce pas seulement pour la sortie de l’UE, mais aussi de l’OTAN. Pourquoi?

Ces deux organisations jumelles représentent les deux faces – politique et militaire – d’une même médaille: celle de l’asservissement de l’Europe aux intérêts de Washington. L’Alliance atlantique tout comme l’UE sont des résidus anachroniques de la Seconde Guerre mondiale, qui auraient dû disparaître, et qui nous poussent au conflit avec la Russie. Ce qui heurte d’ailleurs la sensibilité d’un grand nombre de nos compatriotes.

Vous comptez vous présenter à la prochaine présidentielle …

Je crois à un réveil des peuples, à leur aspiration à se réapproprier la démocratie, Internet étant à cet égard un outil qui bouleverse la donne. Obtenir 500 signatures de maires n’est pas aisé, en particulier pour l’UPR qui est systématiquement boycottée par les grands médias. Une situation d’autant plus injuste qu’en dix ans, nous sommes passés de zéro … à 12 000 adhérents. Aux élections européennes de 2014, nous avons récolté 77 000 suffrages, et 190 000 un an plus tard aux régionales, soit bien plus que le NPA par exemple. Notre site Internet se classe deuxième par son audience parmi tous les partis politiques, et notre chaîne Youtube cumule plus de 6 millions de vues. Cela explique que de nombreux maires que nous rencontrons nous connaissent. Nous avons donc de bonnes raisons de croire les 500 parrainages à portée de main.

Votre parti a été fondé à l’occasion du 50e anniversaire du Traité de Rome, en 2007. Quel a été le fil rouge de votre action?

Ce n’est pas seulement les politiques de l’UE qui sont en cause, mais le principe même de l’intégration. Il est donc vain et dangereux de plaider pour «une autre Europe». Ladite «construction» européenne relève en réalité d’une mentalité du passé, car elle enferme les peuples dans un étroit carcan continental. L’avenir est, à l’inverse, à des pays libres, qui coopèrent en reprenant toute leur place dans le concert universel des nations.    •

Source: Ruptures no 58 du 27/9/16,

www.ruptures-presse.fr

«Le Royaume-Uni n’est pas menacé d’isolement, au contraire: plusieurs pays ont manifesté leur volonté de négocier avec Londres de nouveaux accords commerciaux, comme l’Inde, la Corée du Sud, le Mexique.»