Courrier des lecteurs

Quel avenir pour la politique agricole suisse?

Mme Marianne Wüthrich a déjà apporté à cette question de nombreuses contributions dans ses analyses pointues parues dans Horizons et débats. Dans le numéro 31 du 11/12/17, elle a attiré l’attention sur le danger d’un trop grand espace d’interprétation dans le contre-projet du Conseil fédéral concernant l’initiative «Pour la sécurité alimentaire» de l’Union suisse des paysans. Je me permets de compléter l’analyse de Mme Wüthrich en constatant que le conseiller fédéral Schneider-Ammann ne peut garantir l’existence même de 52 000 familles paysannes s’il réduit, dans le cadre de la Politique agricole 2022, les droits de douane pour les produits agricoles. Ceci pour les raisons suivantes:

  1. Les entreprises agricoles sont généralement des exploitations familiales cultivant et entretenant leurs propres terres. Qu’il s’agisse de propriétés en montagne ou en plaine, la ferme et les écuries forment la base d’existence, l’assurance vieillesse et l’avenir de la famille, souvent complétées par des activités annexes.
  2. Comme denrées alimentaires, ils peuvent produire uniquement ce que les terres de leur région permettent: en montagne du lait et de la viande étant donné qu’on y trouve que de l’herbe; dans les vallées des fruits, des légumes, de l’huile de colza, du lait et de la viande, en raison du fait du climat plus doux, des terres plus riches et des surfaces arables permettant une exploitation plus rationnelle.
  3. C’e n’est pas partout qu’on peut regrouper de petites et moyennes exploitations en de grandes, et la production de niche à grande échelle est une contradiction en soi!
  4. Selon l’article 104 de la Constitution fédérale, les paysans suisses doivent assurer entre 50 et 60% des besoins nutritionnels de la population suisse! Concernant le bien-être animal et la qualité des denrées alimentaires les agriculteurs remplissent les plus hautes exigences mondiales, ce qui n’est possible qu’avec un rapport prix-qualité garantissant l’existence.
       Si ce dernier est déséquilibré par la diminution des droits de douane sur l’importation de denrées alimentaires produites à prix cassé, alors l’existence même d’une bonne majorité de nos exploitations agricoles est menacée!
       Nos paysages si attrayants pour les touristes seront endommagés, il y aura de plus en plus de glissements de terrain, les pistes de ski (sur les alpages) seront embroussaillées. Les transports publics et la circulation en transit seront menacés dans la mesure où les abords des routes et les forêts de protection contre les avalanches ne seront plus entretenus par les paysans (ouvriers forestiers). Le pays aux plus beaux paysages en Europe perdra sa valeur récréative pour le tourisme et pour les habitants de nos villes et agglomérations!
  5. Grâce à l’initiative «Pour des aliments équitables» des Verts et l’initiative «Pour la souveraineté alimentaire» d’Uniterre et de l’Alliance pour la sécurité alimentaire, le Conseil fédéral et le Parlement devraient réajuster de manière réaliste le cap de la politique agricole.

Matthias Elmiger, Ebnat-Kappel SG