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Courrier des lecteurs

TTIP: la croissance ne justifie pas tout

Réfléxions suite à l’article de M. Hamer paru dans Horizons et débats no 29 du 8/12/14

Les pouvoirs en place dans les divers pays de l’Union européenne s’appliquent avec acharnement à faire croire aux gens que la seule voie possible pour le futur de leurs pays est celle de l’Union. En même temps, en coulisses, se dessine discrètement, à l’abri des regards, l’avenir de l’Europe. Mais pas l’Europe des peuples et des nations, mais celle des grandes multinationales et de la finance.
Le 9 octobre 2014, le gouvernement européen sous pression accepte enfin de rendre public le mandat des négociations du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI, TTIP en anglais) entre la Commission européenne et les Etats-Unis. Ce partenariat intervient massivement, entre autres dispositions commerciales, sur les souverainetés nationales en abolissant les taxes douanières, en supprimant le marquage des OGM sur les produits, en autorisant l’importation de viande traitée aux hormones, en éliminant les directives étatiques visant à réguler le secteur financier etc. En résumé, il fait disparaître toutes les normes contraignantes et les entraves à l’investissement pour les multinationales américaines sur sol européen afin que ces dernières se sentent «comme à la maison». En cas de problèmes juridiques avec un Etat, c’est un tribunal américain qui réglerait les cas.
Ces négociations concernant le TTIP se sont tenues en secret pendant 16 mois sur la volonté des Etats-Unis; et cela bien entendu sans consulter les peuples d’Europe. Les peuples n’ont pas leur mot à dire lorsque l’oligarchie se met à table… Pour justifier ce «partenariat», la Commission européenne fait miroiter une petite augmentation de la croissance. Les commissaires européens vont malheureusement poursuivre ces négociations et continuer à subir le dictat américain. Aux regards de ces faits inquiétants, je me demande pourquoi trop de politiciens suisses tiennent encore un discours pro-européen et pourquoi ils s’appliquent à ne jamais rien faire qui puisse froisser les commissaires de Bruxelles. Ces derniers ne se gênent pas de froisser les peuples! Est-ce pour la croissance de la Suisse? La croissance justifierait-elle les pires aberrations? N’y a-t-il donc plus que la croissance qui pèse dans la balance des décisions politiques?

Yann Marbach, Fribourg