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Communauté de valeurs?

par Dieter Sprock

Les Etats-Unis pressent Bruxelles, depuis longtemps, à accueillir la Turquie au sein de l’UE. Depuis 1952 déjà, ce pays est membre de l’OTAN et depuis 1999 candidat à l’adhésion à l’UE. Mais jusqu’à présent, les négociations avec l’UE n’ont avancé que difficilement. Outre le refus de la Turquie de reconnaître le membre de l’UE qu’est la Chypre, de graves violations des droits humains ainsi que les déficits démocratiques et de liberté d’expression en sont responsables. Ainsi, sur un total de 35 sujets de négociation devant être traités avant l’adhésion seulement deux ont été conclus: ceux sur la science et la recherche.
Le flux de réfugiés vers l’Europe a remis en marche le processus des négociations. Selon les dires des médias, l’UE a besoin de la Turquie pour résoudre la crise des réfugiés. La Turquie a exigée la reprise des négociations concernant l’adhésion à l’UE en contrepartie à une coopération plus étroite dans la question des réfugiés.
Le 14 décembre, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont acceptés cette demande: ils ont donné feu vert pour l’ouverture de négociations sur la politique économique et monétaire et ont promis en outre trois milliards d’euros à la Turquie pour l’aide aux réfugiés et des facilitations dans la délivrance de visas pour les citoyens turcs. Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu a parlé «d’une journée historique pour la Turquie» (tagesschau.de), et les responsables de l’UE ont défendu leur décision face aux allégations de manquements aux principes de l’Etat de droit de la part de la Turquie. «La Turquie a un intérêt éminent à coopérer avec nous, nous avons tout intérêt à développer une coopération solide et raisonnable», a déclaré le commissaire à l’Elargissement Johannes Hahn au début des pourparlers (Spiegel online du 14/12/15). Le vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek s’est montré convaincu que le début des négociations sur la politique économique et monétaire s’avérera positive auprès des investisseurs («Neue Zürcher Zeitung» du 15/12/15).
Alors que l’UE fait avancer les négociations d’adhésion avec «le dangereux Cerbère turc des Etats-Unis» (Albert Stahel dans Horizons et débats du 14/12/15), l’armée turque intensifie sa guerre contre les Kurdes dans le Sud-Est de la Turquie et envahit même l’Irak; et tout spécialement les régions, où les Kurdes ont assuré la stabilité et la reprise économique et d’où ils mènent leur lutte contre l’EI.
Le 19 décembre, la «Neue Zürcher Zeitung» rapporte sous le titre «Avec des chars blindés contre une poignée de jeunes Kurdes», de la détresse croissante de la population en Anatolie oriental: «Depuis quatre jours, il n’y a ni électricité ni d’eau déclare un homme de Silopi. Les familles manquent de denrées alimentaires parce que le marché est fermé. Les blessés ne peuvent être transportés à l’hôpital. La situation est tout aussi sérieuse à Cizre, selon les dires des habitants.»
En début de semaine, le gouvernement avait déplacé dans la région 10?000 soldats, des membres d’unités spéciales et des chars d’assauts, et le président Recep Tayyip Erdogan d’annoncer: les opérations militaires se poursuivront jusqu’à ce que ces zones soient épurées. «Vous serez exterminés dans les maisons, les bâtiments et les tranchées que vous avez creusées» cite la «Neue Zürcher Zeitung».
On est donc curieux d’entendre les commentaires de la communauté de valeurs de l’UE n’hésitant pas à se présenter comme gardienne de la Convention européenne des droits humains, donc des droits de l’homme et des libertés fondamentales.     •