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La colère et l’amertume de l’Occident face aux succès de la Russie

Que se passe-t-il après la rencontre entre Trump et Poutine?

par Brian Cloughley*

Les organes de la presse américaine, ainsi que ceux du Royaume-Uni et d’autres pays occidentaux, ont été fous de rage et les cris des partisans de la guerre à Washington étaient hystériques. Leur paranoïa à peine masquée au sujet de la Russie s’est dévoilée avec une ardeur renouvelée. L’intensification des campagnes de propagandes anti-Russie est un autre effet prévisible qui a gagné du terrain au fil des années.

«Malheureusement, pour l’Occident, le seul héritage de Sotchi est l’irritation due à la bonne organisation et au succès des Jeux. Il existe également du ressentiment, voire de la rage, envers le succès répété de la Russie qui a très efficacement accueilli la Compétition de la Coupe du monde de football en 2018.»

Commentaires médiatiques stupides à la suite de manifestations sportives réussies

L’Occident trouve exaspérant que la compétition se soit si bien déroulée. Je ne suis pas un grand amateur de football, mais j’ai regardé un peu la couverture de la BBC à la suite de la finale, un reporter interrogeait des supporters anglais et essayait de les pousser à critiquer la Russie. Mais ils semblaient tous très solidaires envers cette dernière et ont confirmé l’appréciation de leur séjour au cours duquel tout avait été parfait. Comme cela est agaçant!
Ce qui est intrigant, c’est qu’on ne trouve pas de lien internet de la BBC vers ce reportage en particulier, mais je n’ai pas rêvé. Je n’ai pas non plus imaginé le fait que la télévision BBC a ignoré la cérémonie de clôture, bien que le journal britannique «Sun» ait déclaré que «ceux qui ont vu la cérémonie de clôture n’ont pas été impressionnés, les supporters l’ont décrite comme étant ‹ennuyeuse›». Mais bien sûr, comment aurait-il pu en être autrement? Cela s’est déroulé en Russie après tout.
Le seul élément de méchanceté qui a pu être relevé par les médias occidentaux avant la fin de la Coupe du monde a été un incident mineur lors de la finale. Il a pris des proportions démesurées lorsque, par exemple, la chaîne américaine CBS a rapporté qu’«un groupe a envahi le terrain, interrompant le match, avant d’être rapidement arrêté et traîné – pas si gentiment que ça – hors du terrain. La véritable question est toutefois, comment se fait-il qu’autant de personnes aient réussi à aller sur le terrain?» (Lors d’un match de football à Londres en mars, «des centaines de supporters ont envahi le bâtiment» et les propriétaires d’une des équipes ont du «quitter la loge du directeur pour leur sécurité, pendant que le London Stadium plongeait dans le chaos». C’est ainsi que les gens arrivent sur le terrain en Angleterre.)
Des faits perturbent souvent les médias traditionnels occidentaux et l’invasion de terrain par un groupe qui comptait seulement quatre personnes ainsi que la prompte évacuation de ces dernières était l’un d’entre eux. Mais cela seulement après que l’intellectuel M. Jason Burt, correspondant en chef du football pour le London Daily Telegraph, informe le monde que «les agents de sûreté se sont précipités sur l’herbe pour rapidement tacler et arrêter les envahisseurs. C’est le Goulag qui les attend. Bien joué, vous profiterez bien de votre sentence à vie dans une prison russe.»

Archipel du Goulag américain

Ce genre de commentaires scandaleux et totalement stupides illustre l’attitude de la plupart des pays de l’Occident envers la Russie. Etre concis, rapide et frappant est habile et attirant dans le sens de la propagande, car beaucoup d’Occidentaux pensent qu’ils connaissent tout au sujet des goulags.
Comme l’a relevé le commentateur Garret Epps dans The Atlantic en mars 2018, «en 1973, l’illustre écrivain Alexandre Soljenitsyne a inventé le terme «Archipel du Goulag» pour désigner le système des prisons politiques et des camps de travail soviétiques. Durant les 25 dernières années, sans fanfare, les Etats-Unis ont engendré une sorte d’Opérations d’application et de retrait (Enforcement and Removal Operations) Archipel – opaque, vaguement supervisé et profondément problématique en matière de droits humains et constitutionnels. Si l’administration actuelle continue ses plans d’application, le système croîtra considérablement d’année en année.» L’Archipel du Goulag américain est bien établi.
Mais dans l’esprit des nombreux Occidentaux, dont on a gentiment lavé le cerveau durant les années de guerre froide, on ne trouve des «goulags» qu’en Russie et les envahisseurs de terrain y sont transférés.

La deuxième guerre froide est florissante

La deuxième guerre froide est florissante, elle a été initiée et encouragée par l’Occident, en particulier par le Pentagone et une large part du Congrès. Les membres du Congrès profitent d’impressionnants dons en espèce de la part des fabricants d’armes dont la générosité a totalisé 19 332 442 dollars au cours de ce cycle électoral, selon les preuves identifiées. Il a été calculé par le Pentagone que «la vente d’armes à l’étranger par les entreprises des Etats-Unis a augmenté de 8,3 milliards de dollars de 2016 à 2017. L’année passée, les fabricants d’armes américains ont envoyé un total de 41,9 milliards de dollars en armes sophistiquées à des armées étrangères.» Soutenir la confrontation génère du bénéfice.
Le développement de la nouvelle guerre froide a été succinctement décrit en février 2018 par Stephen F Cohen, professeur émérite d’études russes et de politiques à New York University et à Princeton: «[Président] Clinton a mené une politique où le vainqueur remporte toute la mise et où la Russie était vue comme une puissance vaincue. Il a présidé une massive croisade intrusive pour façonner cet ancien rival en «la Russie que l’on veut». Cela a commencé avec l’expansion de l’OTAN se trouvant actuellement aux frontières de la Russie; en 1999, le bombardement de la Serbie, l’alliée slave traditionnelle de la Russie, malgré les protestations d’Eltsine. En effet, l’extrême diffamation de Poutine par les anciens membres de l’administration de Clinton, incluant Hillary Clinton qui l’a assimilé à Hitler, n’est pas étrangère à leurs politiques non avisées sur la Russie des années 1990 – il faut ajouter qu’elle a été vivement applaudie par les journalistes aujourd’hui également à l’avant-garde de la diabolisation de l’actuel dirigeant du Kremlin.»

Qui sont les bellicistes?

Les médias occidentaux et ce qu’on appelle de nos jours le «deep state» (Etat profond) – la clique des puissants, s’apparentant, voire complémentaire du complexe militaro-industriel mis en évidence par le Président Eisenhower, il y a presque soixante ans – ont tenté de représenter la Russie comme un Etat belliciste à la politique expansionniste. Ils n’ont jamais mentionné le fait que, comme constaté dans le rapport mondial 2018 de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), «en 2017, les Etats-Unis ont dépensé davantage pour leur armée [610 milliards] que les dépenses réunies des sept pays dépensant le plus… Avec 66,3 milliards en 2017, les dépenses militaires de la Russie étaient 20% plus faibles qu’en 2016.»

Trump veut dialoguer avec la Russie

Le «New York Times» a résumé l’attitude de l’Establishment de Washington face à l’entretien du 16 juillet entre Trump et Poutine par le titre «Trump ouvre ses bras à la Russie. Son administration sert le poing.» Totalement par hasard, trois jours avant la rencontre, les éminents de Washington ont annoncé que douze Russes ont été inculpés pour soi-disant avoir interféré avec les élections de 2016. Le mot «soi-disant» a rarement été utilisé par les médias occidentaux et le fait qu’aucune preuve n’ait été présentée pour soutenir ces allégations fut totalement ignoré. Le verdict est automatique: la Russie est coupable de tout ce dont on l’accuse, tout comme en Grande-Bretagne, où le blâme d’un cas d’empoisonnement a été déposé directement devant la porte de la Russie, sans avoir l’ombre d’une preuve de son implication.
Il ne faut pas se leurrer: Trump est le pire président que les Etats-Unis n’aient jamais eu. Il est, d’après les mots soigneusement choisis du commentateur Robert Reich, un «mégalomaniaque égoïste, susceptible, irritable, menteur, narcissique et prétentieux.» Cependant …, il souhaite parler et négocier avec la Russie plutôt que de s’adonner à une confrontation sans fin.
Trump a depuis longtemps exprimé son intérêt à améliorer les liens avec la Russie et le récent sommet était sa première réelle occasion de le faire. Il aura néanmoins de la peine à développer un progrès durable avec de si nombreux membres de l’Establishment s’unissant pour saper son engagement. La colère et l’amertume de l’«Etat profond» ne sont pas près de s’éteindre et ses campagnes de propagandes continueront à entretenir la deuxième guerre froide.    •

Source: https://www.strategic-culture.org  du 19/7/18

(Traduction Horizons et débats)