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Les Etats-Unis vont-ils attaquer l’Iran?

ds. Sous le titre «Eine ‹Konferenz der Willigen› gegen den Iran» [Une «conférence des bonnes volontés» contre l’Iran], la «Neue Zürcher Zeitung» a publié le 14 février un article sur la «Conférence sur le Moyen-Orient» organisée à Varsovie par les Etats-Unis et la Pologne. Celle-ci aurait pour but de «promouvoir la stabilité, la paix, la liberté et la sécurité au Moyen-Orient», et c’est ainsi que les deux pays ont invité des représentants de 70 Etats à venir dans la capitale polonaise. Puisque l’Iran manquait sur la liste des invités, l’objectif était clair, selon le quotidien suisse: «Fonder une alliance comprenant des pays européens et soutenant la ligne de conduite dure des Etats-Unis contre le régime de Téhéran». A quel point cela a-t-il réussi? Cela n’est pas encore clair. En tout cas, les ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne et de la France ainsi que la représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, n’y ont pas participé. Est-ce une lueur d’espoir?
Selon le correspondant de la «Neue Zürcher Zeitung», «la situation de départ nous rappelle l’année 2003, lorsque les Etats-Unis ont établi une alliance pour leur campagne contre l’Irak.» Ce qu’il en est advenu, est aujourd’hui connu. Cet article de la «Neue Zürcher Zeitung» est inquiétant!
Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité du 15 au 17 février, le Secrétaire d’Etat américain Michael Pence s’en est violemment pris à l’Iran et a exigé que notamment l’Allemagne et la France rompent leurs relations avec l’Iran et participent à la «coalition des bonnes volontés».

Les liens et les dessous à rechercher

Quiconque cherche à mieux comprendre les dessous de la crise actuelle au Proche- et au Moyen-Orient, ferait bien de s’approfondir dans le nouveau livre de Michael Lüders (cf. illustration). «La crise actuelle a une longue histoire, dans laquelle la famille Saoud et son entourage jouent un rôle essentiel», écrit-il. Il entend par là les fortes interdépendances politiques et économiques entres les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, dont les relations d’affaires se basent jusqu’à ce jour essentiellement sur l’échange d’armes contre du pétrole. Mais ces antécédents impliquent également l’attitude israélienne envers Téhéran. M. Lüders n’est pas dépourvu de sens critique envers la politique iranienne, mais il nous met en garde de ne pas cataloguer les parties inhérentes au conflit en «bons» et «méchants». A l’exception du domaine de la rhétorique, il est rarement question de morale en politique. Il s’agit avant tout de pouvoir, d’influence et de l’imposition de ses intérêts.

L’essence de la politique du pouvoir

«Chaque guerre, chaque escalade militaire est précédée d’une diabolisation de l’adversaire, cela n’a jamais été autrement», écrit M. Lüders. Il en résulte un manque de vouloir se placer une fois dans la perspective de la partie adverse. Nous perdons ainsi toute volonté de paix. «La politique de force iranienne, russe, chinoise, occidentale obéit primordialement aux intérêts personnels.» Voilà l’essence de la politique du pouvoir. Quiconque considère la politique de force d’une partie comme «plus morale» que celles des autres parties est soit naïf, soit propagandiste. Quiconque est d’avis que seuls les revendications de pouvoir de l’Occident sont légitimes, et celles des autres acteurs sont l’expression de leur «méchanceté», finissent par être eux-mêmes des bellicistes. «Volontairement ou non, les personnes persuadées subjectivement que le monde occidental ne poursuit pas, en réalité, une politique hégémonique égoïste, mais qu’il suit avant tout des motivations humanitaires dans le monde entier, en font également partie.» (p. 189) Selon M. Lüders, la politique de force occidentale aime à se présenter comme défenseur de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme.

Une attaque serait un crime contre l’humanité

Michael Lüders met le monde occidental en garde contre une attaque contre l’Iran. Il écrit: «Mais si le pire advient, le résultat ne sera pas un Iran occidentalisé, mais l’Armageddon1 en Orient» avec des millions de morts et des flux de réfugiés interminables, qui notamment devront être pris en charge par l’Europe.
«Le projet de changement de régime en Iran est clairement illégal au regard du droit international. En outre, toute attaque contre la nation culturelle d’Iran serait un crime contre l’humanité. Quiconque y participe, indépendamment des prétextes utilisés, est complice, même si les motifs invoqués paraissent très nobles.» (p. 234)

1    La notion d’Armageddon se trouve dans le dernier livre du Nouveau Testament dans l’«Apocalypse de Jean», elle précise le lieu de la bataille décisive à la fin des temps.